Lecture du livre d’Éric SADIN « La vie spectrale » offert un jour de fête

Quel livre ! Offert par un proche passionné d’informatique et de traitement des données, il m’avait demandé, très gentiment, d’en faire une synthèse. Loin d’être un averti du thème de l’ouvrage, pourtant d’une actualité brûlante, je me suis lancé dans cet exercice, essayant de saisir la pensée de l’auteur.

L’Intelligence Artificielle, c’est un fait, est à l’ordre du jour. Elle illustre un monde qui change avec l’arrivée de nouvelles technologies qui prennent de plus en plus d’importance dans notre quotidien.

Si j’avais à résumer la thèse de l’auteur, j’emploierais l’expression (un peu emphatique) de rupture anthropologique. L’auteur pense en effet que l’homme qui s’est construit tout au long des siècles a voulu gagner en liberté, en créativité, en imagination, en initiative. La force de l’homme réside, selon l’auteur, dans sa capacité à penser, à faire et à entreprendre.

Or, aujourd’hui, il est confronté à une mutation majeure, irréversible dit-il, avec l’apparition depuis les années 70 d’internet, puis des réseaux sociaux, puis du smartphone, puis du Métavers, et maintenant de l’IA de recommandations et de l’IA générative.

Cette rupture technologique, dite disruptive, nous fait entrer dans un monde nouveau. La relation au réel est bouleversée. Le rapport à l’espace et au temps vole en éclat, et cède la place à l’immédiateté et à la proximité. Le monde des images nous envahit et la « rétine » devient le sens prépondérant au détriment des autres sens tel que le toucher. La créativité disparaît au profit des technologies qui guident nos choix, imaginent et créent à notre place.

Plusieurs voies semblent donc s’ouvrir en santé à la mise en œuvre de ces outils :
Le Médicament : la recherche est boostée par les outils LLM capables de créer de nouvelles molécules actives sur des pathologies et de fournir des modèles de test « in silico » (sur ordinateurs) pour accélérer l'évaluation thérapeutique.
De fait, l’usage de l’IA dans les activités tant individuelles qu’industrielles est une vraie rupture qui va modifier les métiers de nombreuses professions.

Le secteur de la santé n’échappe pas à cette prospective et les promesses sont déjà concrètes :
Bref, nous sommes entrés dans l’ère de la de-subjectivation, de la virtualisation et de l’enfermement sur nous-mêmes. D’où l’expression rupture anthropologique ! Pour l’auteur, l’homme de demain, ne sera plus l’homme qui s’est construit.

Voilà en bref, un résumé très schématique du livre d’E.SADIN.

Que dire de plus, si ce n’est que l’auteur est particulièrement critique, à grands renforts, il est vrai, d’arguments de toute nature. On peut même dire que son essai est dystopique et sombre, voire parfois excessif. Quoiqu’il en soit, ses réflexions interrogent sur la place que prennent ces nouvelles technologies. Son propos nous invite surtout à garder suffisamment de distance et à réfléchir à l’usage que nous devons faire de ces transformations. Au fond, il s’agit non pas de rejeter, de résister, mais bien plutôt d’apprivoiser !

René DRIVET