Voyage au pays du bonheur national brut
Voyage au pays du bonheur national brut
Quel voyage ! je n’imaginais pas un jour me retrouver au pays du bonheur national brut : le Bhoutan. Et pourtant, le rêve, en octobre de l’année passée, a pris consistance… Le Bhoutan, ce pays, niché entre la Chine (le Tibet) et l’Inde revendique un peu plus de 750 000 habitants sur un territoire de 38 400km2.
Bordé par la chaîne de l’Himalaya, ce pays offre de magnifiques paysages vallonnés, couverts de forêts, et sommets dépassant les 7 000 mètres. Son économie, avec une agriculture encore très présente, tire ses ressources externes largement de la vente de l’hydroélectricité à son voisin indien et du tourisme encadré, mais encouragé, car permettant de financer et de rendre gratuit, aux dires de ses habitants, l’éducation et la santé.
Sa richesse patrimoniale avec ses Dzongs (monastères fortifiés) et tout particulièrement le Nid du Tigre qui accroché à la falaise à plus de 3000 mètres comblent le voyageur et lui offrent des lieux d’une grande beauté et d’une architecture audacieuse et mystérieuse. L’empreinte du bouddhisme est aussi très forte reposant sur ses quatres piliers : accepter l’impermanence de la vie, ne pas s’attacher pour ne pas souffrir, vivre pleinement le moment présent, éviter la colère causée par un élément extérieur.
L’autre grande originalité de ce pays est son ambition : le bonheur national brut (BNB). Expression pour le moins surprenante, habitués que nous sommes dans nos pays à la sacro-sainte formule du produit intérieur brut qui, selon les comptables nationaux et les macro-économistes, expriment la richesse d’un pays.
Au Bhoutan, pays gouverné par la dynastie royale des Wangchuck depuis 1907, la donne est différente. Promu par le roi Jigme Singye Wangchuck en 1972, le BNB se base sur quatre principes fondamentaux : un développement économique et social, durable et équitable, la préservation et la promotion des traditions culturelles bhoutanaises, la sauvegarde de l'environnement, une bonne gouvernance. L’objectif poursuivi est d’offrir et d’encourager une perspective à la croissance en mettant en avant la notion de bonheur qui renvoie à la satisfaction et à l’épanouissement de la population.
La fable des « Quatre amis » qui évoque la solidarité entre un oiseau, un lapin, un singe et un éléphant se soutenant mutuellement pour cueillir les fruits de l’arbre est souvent présentée comme le symbole de l’ambition du bonheur prônée par le Bhoutan.
Cette ambition ne s’est pas limitée à ce pays. Elle fut reprise au plan international, notamment par l’ONU, donna lieu à de nombreuses recherches et travaux pour mesurer autrement la croissance que sur un plan strictement matériel. N’oublions pas d’ailleurs que la journée mondiale du bonheur est le 20 mars de chaque année ! Faire du bonheur une priorité à l’échelle d’un pays, voilà une belle ambition ! Comment ne pas y souscrire ? Reste la réalité qui parfois, loin des discours et des promesses, est souvent moins glorieuse. Malgré tout, chemin faisant et valise à la main, j’ai quitté ce pays avec l’idée que parfois on pouvait faire preuve d’imagination et penser davantage en termes de bien-être. Vaste débat !
Par René Drivet
